Frontières physiques et mentales en audit interne.


J'ai assisté il y a quelques jours à une conférence dont le thème d'un des panels était " frontières physiques et mentales en Afrique", au sujet des freins au développement que posent les barrières tarifaires et non tarifaires à l'essor du continent africain.

J'ai eu l'idée d'adapter cette analyse aux thématiques du blog, en me demandant quelles sont les principales limitations / frontières physiques (matérielles) et mentales (immatérielles) à l'émergence d'un audit interne efficace.

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Parler de frontières physiques c'est d'abord parler de limitations organisationnelles à mon sens. La limitation numéro 1 à cet égard est le positionnement inadéquat de la fonction d'audit interne dans l'organisation. Un positionnement inadéquat veut tout simplement dire que celui-ci ne permet pas à l'audit interne d'accomplir ses prérogatives en toute indépendance et objectivité. L'audit interne doit être positionné à un niveau lui permettant d'élargir son champ d'intervention, de minimiser le risque de conflit d'intérêt afin de permettre à cette fonction de fournir des évaluations objectives mais aussi de maximiser la possibilité que ses recommandations soient mises en oeuvre.


Autre "frontière" et limitation matérielle: la faiblesse relative des moyens humains et financiers alloués à l'organisation à sa fonction d'audit interne. C'est une des façons les plus évidentes de porter atteinte à l'indépendance de l'audit interne. Comment en effet exécuter le plan d'audit sans les ressources humaines et matérielles nécessaires?


Troisièmement, la distance géographique et les vraies frontières constituent aussi une limitation à l’émergence d'un audit interne efficace en phase avec l'organisation dans laquelle il évolue. La distance entre le siège et ses filiales ainsi que les différences culturelles, linguistiques et de fuseaux horaires dans certains cas ne facilitent pas l'établissement de relations constructives et saines entre l'audit interne et ses parties prenantes.

Les facteurs organisationnels et de ressources sont fréquemment cités comme des éléments limitant l'efficacité des fonctions d'audit interne. J'ai souhaité pousser la réflexion un peu plus loin en abordant ci-dessous les limitations mentales et immatérielles pouvant influer sur les travaux de certains départements d'audit interne.


En première limitation immatérielle, je citerai ce que j'appelle les fonctions d'audit interne "fourre-tout": direction de l'organisation et de l'audit interne, direction du contrôle de gestion et de l'audit interne, direction des systèmes d'information et de l'audit interne... Comme évoqué précédemment, rattacher l'audit interne à toute autre direction compromet non seulement son indépendance, mais nuit également de façon importante à la "lisibilité" de la fonction pour le reste de l'organisation: l'audit interne apparaît dans ce cas comme une sorte de service annexe qu'il faut bien caser quelque part...


Deuxièmement, les préjugés sur le rôle de l'audit interne cantonnent les prérogatives de cette fonction à la vérification de la bonne application des procédures et limite de facto la façon dont il est perçu par les autres parties prenantes et donc le type de missions (notamment les missions de conseil) pouvant lui être confiées.


Troisièmement, les auditeurs internes sont restreints par leurs propres frontières mentales: compte tenu du caractère méthodique et systématique de tout processus d'audit, il est très courant que les auditeurs se reposent pour la conduite de leurs travaux sur des programmes de travail pré-définis, sur des référentiels pré-établis etc... Il peut donc être assez déroutant voir quasiment inconcevable de sortir de ces zones bien définies pour examiner d'un œil relativement neuf les risques et contrôles de l'audité.


Enfin, les frontières mentales liées au fonctionnement de tout cerveau humain peuvent impacter négativement l'objectivité et la qualité des travaux des auditeurs internes, et donc l'efficacité de la fonction dans son ensemble. Parmi les nombreux biais cognitifs auxquels nous sommes tous soumis, je citerai particulièrement le biais de confirmation (la tendance à ne prendre en compte que les informations confirmant votre thèse et à discréditer les autres), le biais de représentativité (formuler une opinion globale sur la base d'éléments non représentatifs ) et le biais dit "d'ancrage mental" (influence de la première impression sur le jugement global).


Voici donc quelques unes des frontières "physiques" et "mentales" limitant l"émergence et le développement de fonctions d'audit interne efficaces selon moi. Et vous cher / chère lectrice, avez-vous identifié d'autres éléments?


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